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Søren Kierkegaard : le père de l’existentialisme, l’angoisse et la foi

📍 Carte d’identité Nom completSøren Aabye Kierkegaard Naissance5 mai 1813, Copenhague, Danemark Décès11 novembre 1855 (42 ans) FormationThéologie à l’Université de Copenhague PèreMichael Pedersen Kierkegaard, riche marchand tourmenté Fiancée (rupture)Regine Olsen — rupture le 11 août 1841 Devise« L’individu » (den Enkelte) Surnom posthumePère de l’existentialisme 📅 Période 1813 — 1855 Danemark — Romantisme tardif 🌍 Courant […]
Sommaire

📍 Carte d’identité

Nom completSøren Aabye Kierkegaard
Naissance5 mai 1813, Copenhague, Danemark
Décès11 novembre 1855 (42 ans)
FormationThéologie à l’Université de Copenhague
PèreMichael Pedersen Kierkegaard, riche marchand tourmenté
Fiancée (rupture)Regine Olsen — rupture le 11 août 1841
Devise« L’individu » (den Enkelte)
Surnom posthumePère de l’existentialisme
📅 Période
1813 — 1855
Danemark — Romantisme tardif
🌍 Courant
Existentialisme chrétien
Proto-existentialisme Philosophie de la foi
🧩 Idée centrale
La subjectivité est la vérité
L’individu face à Dieu
📚 Œuvre maîtresse
Ou bien… ou bien (1843)
+ Crainte et Tremblement, La Maladie à la mort
La vie ne peut être comprise qu’en regardant en arrière, mais elle ne peut être vécue qu’en regardant en avant. — Søren Kierkegaard, Journal

I. Le drame fondateur : Copenhague, 11 août 1841

Par un jour d’août à Copenhague, un jeune homme de 28 ans prend la décision la plus douloureuse de sa vie. Søren Kierkegaard rompt ses fiançailles avec Regine Olsen, la femme qu’il aime passionnément. Cette rupture mystérieuse et déchirante deviendra le moteur secret de toute son œuvre philosophique.

Pourquoi rompre avec celle qu’on aime ?

  • Un secret familial qui le ronge (la malédiction paternelle)
  • Sa mélancolie profonde qu’il juge incompatible avec le mariage
  • Son sentiment d’être appelé à une mission philosophique supérieure
  • La conviction qu’il ferait son malheur et celui de Regine

La légende raconte que Kierkegaard aurait joué le libertin cynique pour que Regine le déteste et ne souffre pas de leur séparation. Elle ne l’oublia jamais.

II. Une vie de tourments et de création

Après la rupture, Kierkegaard mène une vie solitaire et intense à Copenhague. Figure connue et souvent moquée pour son physique fragile et sa démarche claudicante. Grâce à l’héritage paternel, il se consacre entièrement à l’écriture, publiant sous son nom ou sous de multiples pseudonymes : Johannes Climacus, Victor Eremita, Anti-Climacus… Chaque masque incarne un point de vue existentiel différent.

📦 Le secret familial

Son père, dans sa jeunesse, aurait maudit Dieu sur une lande du Jutland. Homme profondément religieux, il vécut ensuite dans la terreur d’une punition divine. Six des sept enfants Kierkegaard moururent avant l’âge de 34 ans. Søren était persuadé de mourir jeune — il mourra à 42 ans. Cette mélancolie héréditaire imprègne toute sa pensée.

📰 La guerre avec Le Corsaire (1846)

Kierkegaard se moque publiquement du journal satirique populaire Le Corsaire. Riposte implacable : pendant des mois, le journal le tourne en dérision — son apparence physique, ses pantalons mal coupés, sa démarche. Des enfants le montrent du doigt dans la rue. Cette humiliation publique accentue son isolement mais nourrit sa réflexion sur l’individu face à la foule.

⛪ L’attaque contre l’Église (1854-1855)

Dans les derniers mois de sa vie, Kierkegaard lance une attaque virulente contre l’Église luthérienne danoise — qu’il accuse d’avoir trahi le christianisme authentique. Cible : l’évêque Mynster et le professeur Martensen. Moyen : une série d’articles incéndiaires dans son propre journal, L’Instant. Message : le christianisme institutionnel a transformé la foi en confort bourgeois. Cette polémique épuise ses dernières forces.

Affaibli, Kierkegaard s’effondre dans la rue en octobre 1855. Il meurt le 11 novembre 1855 à l’hôpital Frederiks. Sur son lit de mort, il refuse les sacrements d’un pasteur — fidèle jusqu’au bout à sa critique de l’Église établie.

III. Les concepts fondamentaux

1. Les trois stades de l’existence

🎪 Stade esthétique

Définition : Vivre dans l’instant, rechercher le plaisir, éviter l’ennui et l’engagement. Figure emblématique : Don Juan. Limite fatale : le désespoir. L’esthète finit par s’ennuyer de tout — même du plaisir. Il se disperse sans jamais s’unifier.

⚖ Stade éthique

Définition : Vivre selon le devoir, s’engager dans des choix durables, assumer la responsabilité. Figure emblématique : le juge Wilhelm. Conquête : l’individu se choisit lui-même et unifie sa vie. Limite fatale : la culpabilité — l’éthique découvre qu’elle ne peut accomplir l’exigence qu’elle se donne.

🙏 Stade religieux — Le paradoxe d’Abraham

Définition : Vivre dans un rapport absolu à l’Absolu (Dieu), au-delà de l’éthique universelle. Figure emblématique : Abraham sacrifiant Isaac. La suspension téléologique de l’éthique : éthiquement, tuer son fils est un meurtre. Mais Abraham obéit à Dieu. Il devient ainsi supérieur à l’éthique universelle tout en restant l’individu singulier. Le « chevalier de la foi » fait le double mouvement : résignation infinie + foi que tout lui sera rendu par l’absurde.

Attention : ce ne sont pas des étapes chronologiques obligatoires, mais des orientations existentielles fondamentales. Le passage d’un stade à l’autre requière un saut qualitatif — pas une évolution progressive.

2. L’angoisse — La découverte du possible

L’angoisse est la possibilité de la liberté. — Søren Kierkegaard, Le Concept de l’angoisse, 1844

Dans Le Concept de l’angoisse (1844), Kierkegaard invente l’angoisse existentielle que reprendront Heidegger et Sartre. Distinction cruciale :

La peur

Réaction face à un objet déterminé (un examen, un lion). Peur localisée, identifiable, rationnelle.

L’angoisse

Vertige face à la liberté, au possible indéterminé. La possibilité de sauter dans le vide — pas la chute elle-même. Sympathie antipathique : attirante et répulsive.

3. Le désespoir — La maladie à la mort

Dans La Maladie à la mort (1849), le désespoir est analysé comme la maladie existentielle fondamentale. Le moi humain est une synthèse de Fini/Infini, Temporel/Éternel, Nécessité/Possibilité. Le désespoir naît quand cette synthèse échoue.

Les trois formes du désespoir

1. Ne pas être conscient d’avoir un moi (désespoir-ignorance) — Vivre dans l’immédiat sans réflexion. La masse, la foule.

2. Ne pas vouloir être soi-même (désespoir-faiblesse) — Refuser sa condition. Vouloir être un autre.

3. Vouloir être soi-même (désespoir-défi) — Orgueil de se créer soi-même sans Dieu. Refus de dépendre.

Le remède : se reposer « transparemment » dans la Puissance qui a posé le moi = la foi.

4. Le saut de la foi — Le paradoxe du choix

On ne peut prouver Dieu ni déduire rationnellement la foi. La foi exige un saut qualitatif, un choix existentiel radical. Contre Hegel, qui pensait réconcilier foi et raison par la dialectique, Kierkegaard affirme que la foi est paradoxe, scandale pour la raison.

Le Christ = le Paradoxe absolu. Dieu se fait homme (l’éternel entre dans le temps). C’est absurde pour la raison. Mais c’est précisément parce que c’est absurde qu’il faut le croire. Credo quia absurdum. Il n’y a pas de pont entre l’éthique et le religieux — il faut sauter.

Le contraire du péché, ce n’est pas la vertu, c’est la foi. — Søren Kierkegaard, La Maladie à la mort

5. La subjectivité comme vérité

La formule scandaleuse

Vérité objective : les faits, les théorèmes mathématiques. Vérité désintéressée, universelle. Question : Qu’est-ce qui est vrai ?

Vérité subjective : la façon dont je me rapporte à la vérité. L’appropriation existentielle. Question : Comment je vis cette vérité ?

Exemple célèbre : le premier prie le vrai Dieu de façon distraite et mécanique. Le second prie une idole avec passion et engagement total. Paradoxe kierkegaardien : le second est existentiellement plus dans la vérité que le premier.

6. L’individu contre la foule

La foule est le mensonge. — Søren Kierkegaard

Devise de Kierkegaard : L’individu (den Enkelte). Dans la foule, personne n’est responsable. « On » pense, « on » dit, « on » fait — mais qui est ce « on » ? La foule permet de fuir l’angoisse de la décision personnelle. Devenir l’individu, c’est assumer sa singularité absolue, se tenir seul devant Dieu. Cette critique de la foule annonce Heidegger (le « On ») et Sartre (la mauvaise foi).

IV. Écriture et pseudonymes — Le théâtre de l’existence

Kierkegaard ne publie pas seulement sous différents pseudonymes — il crée de véritables personnages qui incarnent des points de vue existentiels. Il refuse la communication directe de la vérité : on ne peut imposer une vérité existentielle. Le lecteur doit la découvrir lui-même.

Les principaux pseudonymes

  • Victor Eremita — éditeur de Ou bien… ou bien
  • Johannes le Séducteur — l’esthète par excellence
  • Le Juge Wilhelm — représentant de l’éthique
  • Johannes Climacus — le penseur philosophique
  • Anti-Climacus — le chrétien idéal (supérieur à Kierkegaard lui-même)
  • Constantin Constantius — le penseur de la répétition

🪝 Maïeutique moderne

Comme Socrate, Kierkegaard pratique la maïeutique (l’art d’accoucher les esprits). Il présente différentes perspectives existentielles, laisse le lecteur choisir par lui-même, le séduit dans la vérité au lieu de le contraindre. Objectif : que le lecteur devienne subjectivement ce qu’il comprend objectivement.

V. Sa foi — Chrétien, athée ou ironiste ?

Le débat sur sa foi personnelle

Position 1 — Chrétien radical : Kierkegaard critique l’Église au nom d’un christianisme pur, exigeant, scandaleux. Sa vie entière est dédiée à comprendre ce que signifie « devenir chrétien ». (Karl Barth, théologiens protestants)

Position 2 — Ironiste masqué : L’usage systématique de l’ironie et des pseudonymes jette un doute. Peut-être performe-t-il la foi pour en explorer les possibilités.

Position 3 — Croyant désespéré : Kierkegaard voulait croire, mais n’y arrivait pas totalement. Sa foi est traversée par le doute et l’angoisse.

Position 4 — Existentialiste avant la lettre : Bien que chrétien, il développe des concepts (angoisse, désespoir, choix) qui fonctionnent indépendamment de la foi. D’où son appropriation par des athées (Sartre, Heidegger).

Le consensus : il se définissait lui-même comme « n’étant pas encore chrétien, mais s’efforçant de le devenir ». Sa foi est un devenir, une tâche, jamais un acquis.

VI. L’héritage — Comment Kierkegaard éclaire nos vies

En philosophie

Martin Heidegger
Le concept d’angoisse (Angst), l’authenticité vs l’inauthenticité (le « On »), l’être-pour-la-mort. Influence directe et profonde.
Jean-Paul Sartre
« L’existence précède l’essence », l’angoisse de la liberté, le choix radical, la critique de la mauvaise foi (= désespoir-ignorance).
Albert Camus
La question de l’absurde, le suicide comme question philosophique fondamentale, l’homme révolté face à l’absurdité.
Karl Jaspers
Les situations-limites, la communication existentielle.
Gabriel Marcel
Distinction être/avoir, philosophie de l’espérance.

En psychologie

Rollo May
Utilise directement le concept kierkegaardéen d’angoisse en thérapie. Le Sens de l’angoisse s’inspire du Concept de l’angoisse.
Viktor Frankl
La logothérapie (quête de sens) s’inspire de Kierkegaard. La question du choix et de la responsabilité en situation-limite.
Irvin Yalom
Les quatre préoccupations existentielles (mort, liberté, isolement, absence de sens) sont toutes kierkegaardéennes.

En théologie

Karl Barth
Rupture radicale entre Dieu et l’homme. Critique du christianisme culturel, bourgeois. La foi comme saut.
Dietrich Bonhoeffer
Le coût du disciple (contre la « grâce à bon marché »). Être chrétien dans un monde sans religion.

VII. Bibliothèque Kierkegaardéenne

📚 Œuvres esthétiques (sous pseudonymes)

  1. Ou bien… ou bien (1843, Victor Eremita) — Stade esthétique vs éthique
  2. La Répétition (1843, Constantin Constantius) — Le temps vécu
  3. Crainte et Tremblement (1843, Johannes de Silentio) — Abraham et la foi
  4. Miettes philosophiques (1844, Johannes Climacus) — Le paradoxe chrétien
  5. Le Concept de l’angoisse (1844, Vigilius Haufniensis) — L’invention de l’angoisse
  6. Stades sur le chemin de la vie (1845) — Les trois stades
  7. Post-scriptum définitif et non scientifique (1846, Johannes Climacus) — Subjectivité et vérité

📚 Œuvres religieuses (sous son nom)

  1. Discours édifiants (1843-1844)
  2. Les Œuvres de l’amour (1847) — Éthique chrétienne
  3. La Maladie à la mort (1849, Anti-Climacus) — Le désespoir
  4. L’École du christianisme (1850, Anti-Climacus)
  5. L’Instant (1855) — Attaque contre l’Église
  6. Journal (posthume) — Témoignage intime essentiel

VIII. Chronologie visuelle — 42 ans pour inventer l’existentialisme

1813
5 mai : Naissance à Copenhague (dernier de 7 enfants)
1834
Mort du frère aîné Peder Christian → début de la mélancolie profonde
1835
Découverte probable du secret familial (malédiction paternelle)
1838
9 août : Mort du père → tournant décisif, accélération des études
1840
8 septembre : Fiançailles avec Regine Olsen (elle a 18 ans, lui 27)
1841
Juillet : Diplôme de théologie, thèse sur l’ironie socratique
1841
11 août : Rupture des fiançailles → drame existentiel fondateur
1843
Année miraculeuse : Ou bien… ou bien, Crainte et Tremblement, La Répétition
1844
Miettes philosophiques, Le Concept de l’angoisse → invention de l’angoisse moderne
1846
Post-scriptum (oeuvre majeure) + guerre avec Le Corsaire → humiliation publique
1849
La Maladie à la mort → analyse du désespoir
1854-1855
Attaque contre l’Église danoise → polémique violente, publication de L’Instant
1855
2 octobre : s’effondre dans la rue, paralysie progressive
1855
11 novembre : Mort à l’hôpital (42 ans) — refuse les sacrements d’un pasteur

IX. 10 anecdotes fascinantes

Les secrets du philosophe mélancolique

Cliquez sur chaque anecdote pour la développer

✅ 1. La lettre jamais envoyée
Après la rupture, Kierkegaard écrivit une longue lettre à Regine expliquant son geste. Il ne l’envoya jamais, la conservant toute sa vie. Elle fut découverte après sa mort.
✅ 2. La rencontre dans la rue
Des années après leur rupture, Kierkegaard et Regine se croisaient parfois à Copenhague. Il changeait systématiquement de trottoir. Une fois, elle le salua — il fut bouleversé pendant des semaines.
✅ 3. Les pantalons trop courts
Le Corsaire se moqua impitoyablement des pantalons mal coupés de Kierkegaard. Pendant des mois, des enfants le montraient du doigt dans la rue en riant. Cette humiliation le marqua profondément et nourrit sa théorie de l’individu face à la foule.
✅ 4. Le gentleman élégant
Malgré sa mélancolie, Kierkegaard était toujours impeccablement vêtu, avec canne et chapeau. Il soignait son apparence tout en méprisant la vanité — paradoxe typiquement kierkegaardéen.
✅ 5. Les promenades quotidiennes
Chaque jour, Kierkegaard faisait de longues promenades dans Copenhague, saluant tout le monde, engageant des conversations spontanées. Figure publique reconnue, tout en restant profondément solitaire.
✅ 6. La forteresse de livres
Son appartement débordait de livres empilés partout. Il lisait énormément, notamment les Allemands (Hegel, Schelling, les Romantiques), dont il s’inspirait tout en les combattant vigoureusement.
✅ 7. L’écrivain nocturne
Kierkegaard écrivait la nuit, parfois jusqu’à l’aube. Sa production entre 1843 et 1846 est hallucinante : douze livres majeurs en trois ans — tout en maintenant une vie sociale active le jour.
✅ 8. Le refus de la chaire
On lui proposa plusieurs fois des postes universitaires. Il refusa systématiquement, préférant rester écrivain indépendant. L’institution académique lui semblait incompatible avec la radicalité de sa démarche.
✅ 9. Le testament énigmatique
Sur son lit de mort, Kierkegaard désigna Regine (mariée à un autre depuis longtemps) comme unique héritière de ses œuvres et de sa fortune. Geste ultime d’amour, ou confirmation symbolique que tout son travail était « pour elle » ?
✅ 10. L’enterrement scandaleux
À ses funérailles, son neveu Henrik Lund interrompit la cérémonie pour protester contre l’hypocrisie de l’Église qui enterrait celui qui l’avait attaquée violemment. Scandale jusque dans la mort — comme il l’avait prévu.

X. Glossaire kierkegaardéen

Angoisse (Angst)
Vertige face à la liberté et au possible indéterminé. Différent de la peur, qui a un objet défini. L’angoisse révèle notre liberté fondamentale — et la responsabilité qu’elle implique.
Désespoir
Déséquilibre dans le rapport du moi à lui-même. La « maladie à la mort » qui ronge l’existence humaine. On peut désespérer sans le savoir — c’est la forme la plus courante.
L’Individu (den Enkelte)
La catégorie centrale de Kierkegaard : l’être humain singulier face à Dieu, distinct de la foule anonyme. Devenir l’individu est une tâche — pas un point de départ.
Le Saut
Passage qualitatif d’un stade à l’autre de l’existence. Pas d’évolution progressive, mais rupture radicale. On ne monte pas vers Dieu par étapes rationnelles — il faut sauter dans l’incertitude, sans filet.
La Répétition (Gjentagelse)
Concept distinct de la réminiscence platonicienne. Mouvement en avant (pas en arrière) qui reprend l’existence. Reprendre sa vie, même après la perte, avec une intensité nouvelle.
Le Chevalier de la foi
Figure paradoxale (Abraham) qui renonce à tout (résignation infinie) tout en croyant que tout lui sera rendu (par l’absurde). L’homme de foi ordinaire, invisible aux yeux du monde — contrairement au héros tragique.
Le Paradoxe
Le Christ comme Dieu-Homme : absurde pour la raison, mais objet de la foi. La vérité chrétienne ne peut pas être prouvée ni réfutée — elle doit être sautée.
La Subjectivité
Non pas le caprice individuel, mais l’appropriation existentielle de la vérité. « La subjectivité est la vérité » signifie que la vraie question n’est pas « qu’est-ce qui est vrai » mais « comment je vis dans la vérité ».
Suspension téléologique de l’éthique
Possibilité pour l’individu religieux (Abraham) de suspendre la loi morale universelle par obéissance à Dieu. Ce qui est éthiquement inadmissible peut être religieusement requis. Source de scandale et de « tremblement ».
Devenir chrétien
Non un état acquis, mais une tâche existentielle permanente. On ne « devient » jamais totalement chrétien. La foi est un devenir permanent, jamais un acquis confortable — d’où la critique de l’Église institutionnelle.

XI. Quiz — Testez vos connaissances

Testez vos connaissances kierkegaardéennes

Cliquez sur chaque question pour afficher la réponse

Q1. Avec qui Kierkegaard a-t-il rompu ses fiançailles en 1841 ?
Regine Olsen — rupture le 11 août 1841, drame fondateur de toute son œuvre.
Q2. Quels sont les trois stades de l’existence ?
Ésthétique (vivre dans l’instant et le plaisir), Éthique (vivre selon le devoir), Religieux (rapport absolu à l’Absolu, au-delà de l’éthique).
Q3. Quelle est la différence entre peur et angoisse ?
La peur a un objet déterminé. L’angoisse est le vertige face au possible indéterminé — la liberté elle-même. L’angoisse révèle notre liberté fondamentale.
Q4. Qui est le modèle du « chevalier de la foi » ?
Abraham, prêt à sacrifier Isaac sur l’ordre de Dieu — double mouvement de résignation infinie et de foi que tout lui sera rendu par l’absurde.
Q5. Quelle formule résume la thèse kierkegaardéenne sur la vérité ?
« La subjectivité est la vérité »Post-scriptum définitif et non scientifique. Ce n’est pas un relativisme, mais la primauté de l’appropriation existentielle sur la vérité désintéressée.
Q6. Qu’est-ce que « la maladie à la mort » ?
Le désespoir — maladie de l’âme, déséquilibre du moi dans son rapport à lui-même. Titre de l’ouvrage majeur de 1849.
Q7. Pourquoi Kierkegaard utilisait-il des pseudonymes ?
Pour pratiquer la communication indirecte : incarner différents points de vue existentiels sans les imposer. Le lecteur doit découvrir la vérité par lui-même — inspiration maïeutique socratique.
Q8. Quel journal satirique a humilié publiquement Kierkegaard ?
Le Corsaire (Corsaren), à partir de 1846, après que Kierkegaard s’en fut moqué publiquement.
Q9. À quel âge Kierkegaard est-il mort ?
42 ans, le 11 novembre 1855 à Copenhague. Il avait prédit toute sa vie qu’il mourrait jeune, comme ses frères et soeurs.
Q10. Quelle institution Kierkegaard a-t-il violemment attaquée à la fin de sa vie ?
L’Église luthérienne danoise, accusée d’avoir trahi le christianisme authentique en le transformant en confort bourgeois.

XII. Citations mémorables

La vie ne peut être comprise qu’en regardant en arrière, mais elle ne peut être vécue qu’en regardant en avant. Journal

« L’angoisse est la possibilité de la liberté. »

Le Concept de l’angoisse

« La subjectivité est la vérité. »

Post-scriptum définitif et non scientifique

« La foule est le mensonge. »

Kierkegaard

« Le contraire du péché, ce n’est pas la vertu, c’est la foi. »

La Maladie à la mort

« Le chevalier de la foi est le seul homme heureux, l’héritier du fini. »

Crainte et Tremblement

« Il est plus facile de devenir chrétien quand on ne l’est pas que de le devenir quand on l’est. »

Kierkegaard

Conclusion — Pourquoi lire Kierkegaard aujourd’hui ?

Kierkegaard nous apprend à assumer notre angoisse (elle n’est pas une maladie, mais le signe de notre liberté), à choisir radicalement sans se cacher derrière la foule, à devenir soi-même (l’existence est une tâche, pas un donné). Plus de 170 ans après sa mort, il reste d’une actualité brûlante : l’existentialisme du XXe siècle naît de lui, la psychologie existentielle applique ses concepts, et notre époque de crise de sens a besoin de sa radicalité.

Nous sommes tous au bord du gouffre de l’existence. Nous avons le vertige face à notre liberté. Kierkegaard nous rappelle qu’il n’y a pas de pont — qu’il faut choisir sans garantie, et que cette angoisse est notre dignité. Philotheque.fr

🔗 Courant lié sur philotheque.fr : L’Existentialisme — le mouvement philosophique que Kierkegaard a rendu possible.

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